L’enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord-africaine, traverse depuis la fin juillet l’une des crises migratoires les plus graves de son histoire récente. En l’espace de deux jours, entre 50 000 et 60 000 personnes, en grande majorité de nationalité marocaine, ont tenté de franchir la frontière qui sépare le Maroc de ce petit territoire espagnol de moins de 20 km², selon des estimations relayées par plusieurs médias. Le bilan humain est lourd : au moins 72 morts recensés au 2 août, la plupart par noyade, certains autres dans les mouvements de foule.

Une digue contournée à la nage

Les images tournées sur la plage du Tarajal montrent des foules entrant dans l’eau pour contourner à la nage la digue qui protège habituellement le poste-frontière, avant de rejoindre le point de passage à pied. D’autres ont escaladé les clôtures et les toits environnants. Cette vague, partie principalement de la ville marocaine de Fnideq (Castillejos), rappelle par son ampleur la crise de mai 2021, quand 8 000 à 10 000 personnes avaient franchi la frontière en deux jours — un précédent que l’afflux de cet été dépasse largement.

Un dispositif de sécurité débordé

Face à la saturation des capacités d’accueil de la ville, qui compte environ 80 000 habitants, Madrid a dû déployer l’armée de terre, la Garde civile, la police nationale et les services de sauvetage en mer. Le passage frontalier de Beni Ensar, à Melilla, a été fermé temporairement par mesure de précaution. Les autorités locales de Ceuta ont pour leur part réclamé la déclaration de l’état d’urgence national.

Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a qualifié les événements de violation de l’intégrité territoriale du pays. Du côté marocain, la gendarmerie aurait laissé faire pendant une partie des traversées, selon des témoignages de responsables espagnols présents sur le terrain, qui évoquent également un possible lien avec un geste de clémence du roi Mohammed VI à l’occasion des célébrations de la Fête du Trône.

Une barrière flottante installée en urgence

En réponse, l’Espagne a commencé à installer une barrière flottante près de la digue du Tarajal : une structure pneumatique d’environ 500 mètres complétée par une ligne de bouées, destinée à empêcher le contournement par la mer. Un rapport publié après la crise évoque également des alertes des services de renseignement, transmises au gouvernement plusieurs jours avant l’afflux massif, qui n’auraient pas suffi à anticiper l’ampleur du phénomène.

Une réponse européenne en préparation

La crise dépasse désormais le seul cadre espagnol. L’Allemagne a exprimé sa solidarité avec Madrid et appelé à une réponse coordonnée au niveau européen. Le chancelier allemand Friedrich Merz a notamment demandé à l’Espagne de rétablir rapidement le contrôle de son enclave. Une réunion d’urgence des ministres européens de l’Intérieur est prévue le 4 août pour évoquer la situation.

Sur le fond, cet épisode illustre la fragilité persistante de cette frontière, la seule frontière terrestre entre l’Union européenne et le continent africain avec celle de Melilla, séparée du Maroc par seulement 14 kilomètres de détroit. Les autorités espagnoles assurent vouloir désormais fermer cette brèche non seulement sur le plan juridique, mais aussi sur le plan matériel.

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